Opération Barberousse

Opération Barberousse

Opération Barbarossa

Opération Barbarossa
Battle of moscow10.jpg
7 novembre 1941, des unités de l'armée rouge défilent à Moscou avant de partir pour le front alors à 30 km
Informations générales
Date 21 1941 - Février 1942
Lieu Ukraine, Lituanie, Lettonie, Union soviétique
Issue Victoire tactique allemande mais défaite stratégique majeure
Belligérants
Flag of the Soviet Union 1923.svg URSS Troisième Reich Allemagne,
Flag of Romania.svg Roumanie ,
Finlande Flag of Italy (1861-1946).svg Italie
Flag of Hungary 1940.svg Hongrie
Flag of First Slovak Republic 1939-1945.svg Slovaquie
Commandants
Adolf Hitler
Forces en présence
~ 2 300 000
15 000 chars
9 000 avions
~ 3 200 000
3 648 chars
2 700 avions
Pertes
~ 1 500 000 morts
~4 000 000 prisonniers dont ~2 000 000 périssent sous la garde de la Wehrmacht
~ 700 000 tués et disparus

650 000 blessés
Seconde Guerre mondiale
Batailles
Seconde Guerre mondiale - Campagne de Pologne · Opération Barbarossa · Opération Silberfuchs · re bataille de Smolensk · Seconde bataille de Kharkov · Siège de Léningrad · Opération Fall Blau ·Poche de Demiansk · Poche de Kholm · Opération Uranus · 2e bataille de Smolensk · Opération Bagration · Guerre de Laponie · Bataille de Seelow  · prise du Reichstag) · Offensive de Prague


Campagnes d'Afrique et du Moyen-Orient


Campagnes de Méditerranée et d'Europe du Sud


Guerre sino-japonaise

Lopération Barbarossa (en allemand, Unternehmen Barbarossa), nommée en référence à l'empereur IIIe Reich de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) pendant la Seconde Guerre mondiale. Déclenchée le 22 1941, elle ouvre le théâtre d'opération principal de la guerre terrestre en Europe (de 1941 à 1945, 80 % des pertes de la Wehrmacht sont subies sur le front russe[1]) et le facteur crucial dans le succès ou la défaite du Troisième Reich nazi. Ce front va être le théâtre des plus grandes et des plus sanglantes batailles terrestres de la Seconde Guerre mondiale. Cette invasion marque aussi un tournant dans la guerre, jusque-, encore assez localisée et européenne. Elle va bientôt embraser le monde entier.

La Wehrmacht possède une supériorité initiale considérable en hommes (de 2 contre 1 au minimum) et en équipements. Elle est mieux organisée, bien mieux commandée et dispose, au moins jusquà la gigantesque 1943, d'une incontestable supériorité tactique. Elle bénéficie de l'effet de surprise. L'Grandes Purges, dispose cependant d'importantes réserves humaines, d'avantages matériels certains (base industrielle, armements) et d'un patriotisme russe que nazisme, qui ne laissera aux « Untermenschen » d'autre alternative que la mort ou l'1914, l'Allemagne entend agir rapidement : le plan Barbarossa fixe à quatre mois le délai nécessaire à lanéantissement militaire de la Russie, cœur névralgique de lUnion soviétique. En pratique, l'opération Barbarossa s'étendra de janvier/bataille de Moscou étant le dernier épisode de la première phase du conflit sur le front russe.

Les justifications de cette invasion sont historiques (l'échec du plan Schlieffen en 1914 qui a conduit au traité de Versailles ressenti comme une humiliation par l'Allemagne de 1919), stratégiques (la conquête du Heartland russe comme levier de la domination globale du continent européen) et idéologiques (la mise en œuvre géopolitique du nazisme), l'aboutissement affiché de la politique nazie étant la conquête d'un Lebensraum.

Sommaire

Situation politique et diplomatique

La situation au printemps 1941 semble largement en faveur de l'France a été vaincue en quelques semaines, le Adolf Hitler a mis en place des régimes alliés de gré ou de force : Roumanie, Slovaquie. Le seul ennemi en guerre qui lui tienne encore tête est la son empire, qui résistent en grande partie grâce à une volonté collective incarnée par Winston Churchill, mais elle n'a été sauvée jusque- que par son insularité. Au demeurant, la Grande-Bretagne ne constitue pas, en Europe continentale, une menace militaire terrestre suffisamment significative pour inquiéter la Wehrmacht.

Hitler connaît les risques d'attaquer l'Union soviétique, mais il estime qu'il doit agir immédiatement car, en 1941, l'grandes purges staliniennes. Toujours pas en guerre, les Alliés. Invaincue, la Wehrmacht, fait figure de première armée du monde en 1941. La situation semble donc favorable à la conquête du « Union soviétique. Depuis la signature du Pacte germano-soviétique (1939), dans lequel l'URSS voit un moyen de se protéger après les accords de Munich (Allemagne-France-Grande Bretagne) de 1938, et grâce auquel l'Allemagne et l'Union Soviétique se sont partagé le territoire de la Pologne, les deux pays, malgré l'opposition inconciliable des idéologies qui les dirigent, ont ostensiblement établi des relations amicales de façade, et des relations commerciales qui profiteront surtout au Troisième Reich jusqu'en juin 1941.

L'invasion crée le front stratégique majeur du second conflit mondial

En déclenchant l'opération Barbarossa, le régime nazi provoque l'ouverture d'un front auquel le Reich doit désormais consacrer l'essentiel de ses moyens militaires, de ses ressources industrielles et humaines. Engagée dans une Union soviétique, lindustrie de guerre allemande « tournera » au maximum de ses capacités et ne cessera de se développer jusquau début de 1945 (ses dépenses militaires passeront de 35% de son PNB en 1940 à 65% en 1944). Non seulement lAllemagne, première puissance industrielle du continent, affecte la totalité de ses ressources économiques à sa production de guerre, mais elle exploite également systématiquement à cette fin les ressources industrielles, économiques, démographiques de l1945, la Wehrmacht consacrera lessentiel de ses ressources en hommes et en matériels au 1943, lors de la gigantesque guerre du désert. Le reste (91 divisions et 3 brigades) se trouvait cantonné dans les territoires de lEurope occupée. Les Alliés prendront pied en Afrique du Nord en novembre 1942 (débarquement de 70 000 hommes à Alger et Oran), en Sicile en juillet 1943 (débarquement de 160 000 hommes), en Italie à Salerne (sud de Naples) en septembre 1943 et à Italie début 1944) comparés à la démesure des effectifs et des matériels présents depuis juin 1941 sur le front russe. Durant les quatre années que dura le conflit germano-soviétique il y eut, en permanence, une moyenne de 9 millions d'hommes simultanément impliqués dans les opérations de ce front.

Le cumul des pertes militaires de lUnion soviétique et de lAllemagne nazie, dans sa guerre d'invasion de l'Union soviétique, se monte à 80% du total de toutes les pertes militaires enregistrées sur le théâtre dopération européen de 1940 à 1945. C'est sur le front russe que la Wehrmacht aura les reins brisés, bien avant le débarquement des Alliés en France. Après le Wehrmacht sur les deux fronts à partir de juin 1944 montre la part presque exclusive du front russe même après ce débarquement. Du 1er juillet au 31 décembre 1944, pendant cinq mois, lors de la grande offensive soviétique contre le groupe darmées du Centre, les Allemands perdront chaque mois en moyenne 200 000 soldats et près de 4 000 débarquement allié en France, la moyenne des pertes allemandes sélèvera à 8 000 hommes par mois soit un rapport de 1 à 25.

Les pertes en vies humaines seront colossales et sans précédent, les conditions de vie seront effroyables pour les deux camps. En 2001, les historiens russes estimaient les pertes du conflit germano-soviétique à 26,2 millions de tués (environ 16% de la population de lUnion soviétique de 1940) dont plus de 11 millions de soldats et officiers (6,8 millions de tués directs et 3,8 millions de prisonniers de guerre décédés entre les mains de la Wehrmacht), et surtout 15,6 millions de civils puisque limportance sans précédent des pertes civiles est dabord la conséquence d'une guerre danéantissement menée en Union soviétique par le Reich nazi. 34 millions de Soviétiques furent mobilisés dans les rangs de l'Wehrmacht sur le front de l'Est. Celle-ci fut voulue comme une lutte à mort, exigeant un engagement sans limites, une obéissance absolue, la destruction totale de lennemi. À ce titre, la guerre totale déclenchée contre l'URSS constitue non seulement le sommet du régime nazi, mais aussi lélément essentiel de son image dans la mémoire collective des Allemands après la guerre. Pour lécrasante majorité des soldats allemands, lexpérience de la guerre fut celle du front russe.[2]

À la fin du mois de mars 1945, la totalité des pertes de lOstheer (le nom de la Wehrmacht sur le front russe) sélevait à 6 172 373 hommes (tués, mutilés, disparus), soit près du double de ses effectifs initiaux, au 22 juin 1941[3]. Ce chiffre représente 80 % des pertes subies par la Wehrmacht sur tous les fronts depuis le déclenchement de linvasion de juin 1941. En mai 1945, on dénombre plus de 3 millions de prisonniers allemands détenus en Union soviétique. Tous camps confondus, les tués de l52 % du total des pertes militaires en Europe, ceux de la Wehrmacht 28 % (moins de 2% pour l'armée des États-Unis). Les pertes militaires de lUnion soviétique représentent 85 % du total des pertes alliées en Europe (Royaume-Uni 3,7 % - États-Unis 2,6 %). Enfin, le front ouvert en juin 1944 en France aura, militairement, environ 11 mois dexistence contre 47 mois pour le front russe ouvert en juin 1941.

Préparatifs allemands

Les motivations allemandes pour attaquer sont triples. Motivation historique (réparer l'humiliation de la défaite non reconnue de la Première Guerre Mondiale face à l'alliance russo-franco-britannique de 1914), motivation stratégique car l'existence même de l'Union soviétique fait peser une menace sur les plans de domination globale du Troisième Reich, et motivation idéologique et raciste car à la lecture de Mein Kampf d'Adolf Hitler, les projets allemands apparaîssent explicites s'agissant des ressortissants de la Russie soviétique. Les vastes espaces de l'Union soviétiques sont destinés à être le famine, celles rurales mises en esclavage pour fournir des surplus alimentaires destinés à l'Allemagne et à la colonisation parti nazi Alfred Rosenberg a déjà prévu le découpage du territoire à conquérir. Quatre Reichskommissariat seront créés, à savoir : l'Ostland comprenant les pays baltes et la Ukraine, le Kaukasus avec la zone autour des monts du Russie européenne.

Du fait de son caractère éminemment politique, l'opération est principalement une création d'Hitler. L'état-major de la Wehrmacht est alors réticent car il craint de devoir combattre sur deux fronts simultanément (un front terrestre contre la Russie, un front maritime et aérien contre la Grande-Bretagne). Mais le Pologne et surtout en Reich lors de la Première Guerre mondiale, il finit par se convaincre lui-même que le Royaume-Uni est à bout de souffle et demandera la paix une fois l'Union soviétique vaincue et démantelée car il ne veut pas différer plus longtemps sa grande conquête à l'Est. Il surestime ses forces, prenant en compte ses victoires éclairs contre la Pologne puis la France, et sous-estime celles de la Russie soviétique, du fait des faibles performances de l'Guerre d'Hiver contre la Blitzkrieg est inopérante en Russie.

La première mention d'une invasion de la Russie soviétique apparaît dans la directive n°21 du Führer, mise en circulation restreinte fin 1940."Les armées allemandes, précisait la directive, doivent être prêtes, avant même la conclusion de la guerre contre l'Angleterre, à écraser la Russie soviétique à la faveur d'une rapide campagne"[4]. À l'époque, la Luftwaffe n'a pas encore été mise en échec au-dessus de l'15 mai 1941. Dès ce document, le plan de conquête et les objectifs à atteindre sont tracés, avec la séparation en deux du champ de bataille : le nord et le sud des marais du Pripet. Les deux groupes d'armées au nord doivent dans un premier temps détruire le maximum de forces soviétiques en appliquant les tactiques de la Léningrad et son port de guerre de Moscou. Le groupe sud, lui, doit progresser vers Donets (et au-delà le pétrole du Caucase). Le plan préparé par Hitler est axé sur la destruction des forces soviétiques sur la frontière grâce à des encerclements réalisés à toute vitesse par des unités blindées et à la capture des grands centres économiques. Il rencontre une certaine défiance de la part d'une partie de l'état-major de la Wehrmacht, davantage attaché à des stratégies plus conventionnelles, la capture de la Moscou et Léningrad. Lors de la mise en œuvre de ce plan, le groupe Nord sera incapable de prendre Léningrad seul, malgré sa supériorité en effectifs et en artillerie sur la faible garnison qui protège la ville de Pierre le Grand et décidera de l'affamer.

Plan d'origine des Allemands

Hitler décide que le premier but à atteindre est l'anéantissement de l'terre brûlée. Pour ce faire, la Wehrmacht doit encercler, chaque fois qu'il sera possible, des portions importantes des forces soviétiques pour les anéantir.

Le plan adopté est une sorte de mélange des deux stratégies. Il prévoit une attaque sur trois axes, avec du nord au sud :

  • Une poussée vers Léningrad, à travers les pays baltes, menée par les 16e et 18 e armées, ainsi que le 4e groupe blindé, regroupé dans le groupe d'armée nord commandé par le maréchal Wilhelm Ritter von Leeb et appuyé par la 1re flotte aérienne du général Alfred Keller.
  • L'attaque principale menée par le Fedor von Bock, et comprenant les 2e et 4e armées,ainsi que les 2e et 3e groupes blindés, le tout étant soutenu par la 2e flotte aérienne du général Albert Kesselring. L'objectif de ce groupe est Moscou, mais grâce à sa position centrale, il doit appuyer les deux autres mouvements et s'attacher à anéantir le maximum d'unités soviétiques.
  • Le Gerd von Rundstedt et comprenant les 6e, 11e et 17e armées ainsi que le 1er groupe blindé, appuyé par la 4e flotte aérienne du général Alexander Löhr. Il doit bénéficier de plus, dès leur entrée en guerre, de l'appui non négligeable des 3e et 4e armées roumaines. Il a pour objectifs premiers la ville de Odessa, puis les grandes villes industrielles de Dniepropetrovsk et Sebastopol en Rostov-sur-le-Don et la grande ville de Stalingrad, clé du contrôle de la Volga.

La campagne doit au final établir, avant l'hiver, un front qui partant de Léningrad suivrait le cours de la Volga, jusquà son embouchure. D'ici , l'Allemagne compte sur une destruction complète de l'Wilhelm Keitel, chef de l'Oberkommando de la Wehrmacht, indique dans sa directive 34a le principal objectif opérationnel de l'offensive: L'objet des opérations doit être de priver l'ennemi, avant la venue de l'hiver, de son gouvernement, de son armement et de son centre de communication dans la région de Moscou, et de l'empêcher ainsi de reconstituer ses forces et de faire fonctionner de façon ordonnée ses organes de gouvernement.[5]

Initialement fixée au 15 mai 1941, l'invasion est finalement reportée au 22 juin afin de terminer les opérations de conquête de la Yougoslavie, rendues nécessaires, dans l'esprit de Hitler, par le putsch de Le manque de préparation soviétique

L'inéluctabilité d'une guerre avec une Allemagne nazie qui considère l'URSS comme son "espace vital" (en allemand Lebensraum) ne fait guère de doutes en URSS. Des efforts colossaux sont faits pour essayer de rattraper le retard industriel et militaire sur l'Allemagne (on peut ranger au titre de ces "efforts" les Staline, conscient de l'infériorité militaire de l'Union soviétique, espère parvenir à combler ce retard pendant le répit accordé par le pacte germano-soviétique. En particulier, il veille à ne céder à aucune provocation allemande, comme les violations de l'espace aérien soviétique par des avions de reconnaissance allemands, ainsi qu'à ne pas provoquer lui-même l'Allemagne en engageant des préparatifs de combats. En juin 1941, malgré les risques croissants d'une attaque allemande, il refuse les mesures les plus élémentaires de préparation au combat, comme la création de fortifications de campagne, la dispersion des matériels et la mise en alerte de l'22 juin surprend l'URSS.

Vassili Grossman, témoin direct du front, raconte dans ses « Carnets de guerre » : "Au moment la guerre a commencé, beaucoup de commandants en chef et de généraux étaient en villégiature à Sotchi. Beaucoup dunités blindées étaient occupées à changer les moteurs, beaucoup dunités dartillerie navaient pas de munitions, pas plus que, dans laviation, on navait de carburant pour les avions.... Lorsque, depuis la frontière, on commença à avertir par téléphone les états-majors supérieurs que la guerre avait commencé, certains sentendirent répondre : « Ne cédez pas à la provocation ». Ce fut une surprise, au sens le plus strict, le plus terrible du terme"[6].

La surprise ne fut pas totale pour le pouvoir soviétique puisqu'il a été établi que l'espion Richard Sorge et les analystes suédois menés par Angleterre. Il refusa catégoriquement toute mesure risquant d'être perçue comme une provocation par le régime de Berlin.

Les unités sont cruellement handicapées par le manque dofficiers correctement formés. Larmée a perdu la plupart de ses représentants les plus compétents. Après la « 1936-1938 (près de 750 000 Russes fusillés, et sans doute 200 000 morts dans les camps du Armée rouge a disparu. Ont été fusillés : 11 000 officiers sur 70 000 (et plus de 20 000 sont internés dans les camps), 154 généraux de division sur 186 (82%), 50 généraux de corps darmées sur 57 (88%), 13 commandants d'armées sur 15 (87%), la quasi-totalité des maréchaux (90%) et des amiraux (89%). juin 1941: "Tant d'hommes avaient été exécutés que le haut commandement avait été dévasté, ainsi que tous les échelons du corps des officiers"[7]. À noter que cette épuration continuait alors même que l'invasion allemande se développait, ce qui faisait dire à Stepan Anastasovich Mikoyan: "Une grande guerre s'était engagée, notre armée souffrait de lourdes pertes et essuyait des défaites, et, dans le même temps, des chefs militaires expérimentés, au lieu d'être appelés à sauver la situation, étaient mis à mort en toute hâte..."[8].

Les conséquences sur la qualité du corps des officiers sont tragiques. Au moment larmée française seffondre sous les coups de larmée allemande, à peine 7,1% des officiers soviétiques possèdent une formation militaire développée ; près de 25% sont dans des cours de formation accélérée et 12% nont aucune formation militaire. Plus dun tiers des officiers soviétiques est donc incapable de remplir un commandement à la veille de lattaque allemande[9]. Le commandement est tétanisé. En outre, beaucoup des officiers en place en 1941 ont d'abord été choisis pour leur fidélité au régime et non pour leur compétence. S'ajoutant aux consignes de modération données à l'égard des préparatifs allemands, leur incompétence favorisa la désorganisation et le déploiement hasardeux des unités chargées de la défense de la frontière. Les troupes étaient, en effet, pour la plupart placées trop près de la frontière et s'appuyaient sur une ligne de fortification encore en cours de réalisation, la Ligne Molotov. Enfin, les officiers soviétiques de 1941 sont placés sous l'autorité des Armée rouge. Le contrôle de ces derniers sur les ordres dopérations ne sera levé quà la mi-1943 (et après grades et les épaulettes de lArmée Impériale de la monarchie).

En outre, le jour de l'invasion, beaucoup d'unités sont paralysées par des carences en matériels de guerre. Les armes individuelles ont été distribuées en quantités insuffisantes. Déjà, en mars 1941, 30% seulement des unités blindées disposaient des pièces de rechange nécessaires à leur fonctionnement. Un mois avant l'attaque allemande, les généraux signalaient que "l'exécution du plan pour la fourniture des équipements militaires dont l'.

Pourtant, l'Union soviétique de 1941 est loin d'être un pays faible  : l'industrialisation forcée des États-Unis en termes de production industrielle (industrie lourde principalement). Ses matériels militaires sont souvent à la pointe de l'industrie mondiale, comme par exemple les chasseurs I-16 ou le 1939, l'industrie d'armement du pays traverse une crise de transition, les nouveaux matériels ont beaucoup de mal à entrer en production de masse. Les décisions politiques ne sont généralement pas étrangères à ces difficultés. Le déclenchement de la guerre contraindra le système soviétique à davantage d'efficacité, comme le montre la rapide montée en puissance de nouveaux matériels de guerre performants. Considéré comme le meilleur char « tout emploi » de la Seconde Guerre Mondiale, le T-34 sera le tank le plus important des forces alliées. Il influencera nettement tous les chars conçus ultérieurement. Il sera le premier char capable de rivaliser et de surpasser ses adversaires tant par sa puissance de feu que par ses performances. Quand les premiers exemplaires de série sortirent en juin 1940, il n'avait pas d'équivalent. Produit en grand nombre dans différentes usines en fonction de l'avancée de la Wehrmacht en territoire soviétique (usines de Stalingrad, de Omsk, etc.), il pesait 32 tonnes et emportait un équipage de 4 hommes. Il existait à peine plus de 1 000 T-34 lorsque les Allemands attaquèrent la Russie. Seuls 10 % des chars soviétiques étaient alors des T-34, mais à la mi-1943 ce taux montait à 60 % avant que le T-34 n'ait totalement remplacé en 1944 les modèles les plus anciens. De 1941 à 1945, dans ses différentes versions, lindustrie russe en produisit près de 52 000 exemplaires.

L'ampleur des épreuves qu'ont subi les Russes depuis la chute du tsarisme (guerre civile, suppression de la plupart des libertés politiques et économiques, collectivisation forcée, périodes de terreur, exécutions massives, déportations) ont fini par forger un peuple dur à la souffrance et ayant, malgré tout, appris à survivre dans les conditions les plus difficiles. Enfin, l'économie soviétique vit sous un régime permanent d'1942, la mobilisation totale des ressources économiques pour faire la guerre au Troisième Reich.

Les forces en présence

Le dispositif d'invasion de l'Hitler a mobilisé 3 millions de soldats du Reich qui commencent à se déployer en février, en Prusse-Orientale, en Pologne, en Slovaquie et en Moldavie. L'Ostheer inclut également des divisions hongroises, roumaines et finlandaises (500.000 hommes pour ces trois nationalités) et, par la suite, italiennes (lItalie aura jusquà 200 000 hommes sur le front: soit 201 divisions dont 42 de pays satellites, 3 650 chars dassaut (85 % des disponibilités en blindés du Reich), 2 770 avions, plus de 47 000 canons et mortiers de campagne. LAllemagne engage 159 divisions sur les 220 dont elle dispose alors (73 % des effectifs totaux de la Wehrmacht). Ce sont pour la plupart des troupes aguerries par les campagnes précédentes, bien équipées et bien motorisées (600 000  véhicules) grâce en particulier aux prises de guerre de la 1941 de 600 000 chevaux par les équipages du train.

Si ces effectifs sont sans précédent dans une guerre de conquête, ils semblent insuffisants au regard du potentiel de l'Union soviétique et des immensités russes. L'armée d'invasion compte seulement 800 chars de plus qu'au déclenchement du "Fall Weiss" contre la Wehrmacht en matériels et en effectifs est écrasante, dans un rapport de 4/5 contre 1 et que l'armée allemande est remarquablement rompue au combat tactique, capacité qui fera cruellement défaut aux troupes soviétiques au moins jusqu'à la bataille de Koursk. La Armée rouge dispose au total, en juin 1941, de 209 divisions dinfanterie dont 160 sont stationnées en Russie occidentale, soit en principe 2,3 millions de soldats à effectifs pleins (en 1941 la division dinfanterie allemande compte à effectif au complet 16 500 hommes contre 14 474 pour la soviétique). En réalité, 144 divisions comptent seulement la moitié de leurs effectifs et 65 un tiers. Cest donc à peine un peu plus dun million de soldats, pris au dépourvu, qui vont devoir sopposer à la déferlante allemande sur un front de plusieurs milliers de kilomètres. Les Soviétiques peuvent mettre en ligne 37 500 canons, 1 540 chasseurs de dernière génération, mais un nombre considérable de vieux avions (7 500) et de tanks sont déclassés. LArmée rouge na plus, depuis leur dissolution par le pouvoir soviétique en 1939, de corps mécanisés à opposer à la Wehrmacht, corps blindés qui sont en grande partie une création du maréchal Mikhaïl Toukhatchevski (fusillé en juin 1937 - sa femme, sa mère et son fils, élève-officier, sont exécutés également en 1937). Enfin, lUnion soviétique doit se garder sur deux fronts : une quarantaine de divisions devront rester stationnées jusquen août 1945 en Mandchourie.

Létat-major allemand entend profiter à plein de la faiblesse militaire de la Russie soviétique. Hitler devait ainsi déclarer au général [10]. Pourtant, daprès le rapport entre les effectifs humains engagés et le nombre dengins de guerre, la Wehrmacht sur le front russe (lOstheer) était moins moderne que son adversaire direct, lToukhatchevski, navaient pas encore appris à tirer le maximum de leur puissance matérielle. En juin 1941, sur les 3 648 chars qui se ruent sur la Russie soviétique seuls 444 appartiennent à un modèle relativement récent (Panzer IV). Face à eux, se trouvent un million dhommes, soutenus par 15 000 chars sur un stock total de 24 000, soit plus que tous les chars du reste du monde réunis. Si la grande majorité de ces engins étaient des modèles périmés, 1 861 dentre eux étaient des chars T-34 et des chars lourds KV, supérieurs aux meilleurs engins produits à lépoque en Allemagne.

L'invasion

L'attaque initiale

Déroulement de l'opération

Les conditions sont donc très favorables pour l'Allemagne nazie. Le dimanche 22 1941, le rouleau compresseur allemand s'ébranle. Les unités d'assaut franchissent la frontière et attaquent les premières lignes soviétiques. L'attaque terrestre est précédée par la plus gigantesque attaque aérienne de tous les temps, menée par la majorité des 2 770  avions engagés en appui de ce front. Cette attaque commence à 3 h 40 et vise 66 aérodromes soviétiques. Elle a des résultats désastreux pour l'Luftwaffe la maîtrise absolue du ciel soviétique pendant plusieurs semaines. Les bombardiers allemands trouvent les avions soviétiques alignés ailes contre ailes à leur base, généralement sans camouflage ni protection. La plupart du temps, l'alerte n'a même pas été donnée et peu d'avions de chasse peuvent décoller. Les pertes des VVS sont terribles : le soir, 1 489 appareils ont été détruits au sol et 389 autres abattus en vol. La Luftwaffe ne perd que 63 avions le 22 et 150 les deux premiers jours de l'offensive.

À 4 h 15, l'artillerie allemande se met à pilonner les positions avancées de la défense soviétique sur la frontière et, à 4 h 45, les premières unités terrestres franchissent celle-ci. La surprise chez les Soviétiques est totale, la Stavka avait bien émis un ordre qui avertit les unités frontalières de l'imminence de la guerre, mais la plupart des unités ne l'avaient pas reçu. La première opération est menée sur le front central, par un coup de main d'un e Panzerdivision, qui s'empare du pont de Koden, sur le Brest-Litovsk défendue par les 6e et 42e divisions de tirailleurs, qui résistent, pratiquement sans eau, jusquà la fin 22 juin. Sans appui d'aucune sorte, les soldats soviétiques de la citadelle sont totalement encerclés et sans espoir de secours puisque la nouvelle ligne de front est à 400 kilomètres plus à l'est. Ils continuent à se battre en dépit de la disproportion des forces et de l'emploi d'artillerie de siège lourde par les Allemands comme les mortiers de 620 mm. La seule 45e division d'infanterie affectée à la prise de la forteresse déplorera 482 tués (dont 80 officiers) et plus de 1 000 blessés. Les Russes perdront environ 2 000 à 2 500 tués et autant de prisonniers. Mais par son action, cette résistance ralentit considérablement le mouvement des unités d'infanterie qui doivent empêcher les troupes soviétiques de s'échapper de la poche de Bialystok-Minsk.

Pendant ce temps, malgré quelques contre-attaques soviétiques, les unités mécanisées du groupe d'armée centre franchissent Armée rouge. Les deux groupes blindés du centre mènent alors, à partir du 26 juin, deux percées parallèles, pour finalement converger sur Minsk, le 9 juillet, créant la poche connue sous le nom de Bialystok-Minsk, plus de 400 000 soldats soviétiques et d'énormes quantités de blindés et de matériels sont pris au piège. Relevés par l'infanterie des 2e, 4e et 9e armées, les blindés allemands continuent leur progression en direction de Smolensk. Ils franchissent la 28 juin, ayant parcouru 600 kilomètres depuis la frontière.

Au Nord, le groupe d'armée de Leeb progresse très rapidement grâce à l'attaque très en profondeur du 56e corps d'armée motorisé du général 22 juin et renouvela l'exploit le 26, avec celui de Dunaburg, lui à 350 kilomètres de la frontière, malgré une contre-attaque des chars du 3e corps mécanisé soviétique contre la 6e Panzerdivision au village de Rossiény. La bataille de chars qui résulte de la rencontre des forces blindées, fait rage pendant deux jours, l'Armée rouge y engage une centaine de mm employées en tir direct permet néanmoins aux Allemands d'endiguer la résistance soviétique. L'offensive marque un temps d'arrêt, car Hitler et son état-major préférent que les blindés attendent l'infanterie avant de poursuivre leur progression vers Léningrad.

Le groupe d'armée sud connaît pour sa part une progression bien plus difficile. Dans ce secteur sont massé le plus gros des chars de l'Armée rouge, dont de nombreux T-34. Bien que manquant complètement de coordinations, les contre-attaques blindées coûtent cher aux Allemands. De plus, la Roumanie n'intervient qu'à partir du mois de juillet. Le 28 juillet, la situation empire brusquement pour les Soviétiques quand le 1er groupe blindé et la 17e armée font leur jonction, à l'est d'Uman enfermant dans une poche, la majeure partie des 6e et 12e armées soviétiques. Les troupes encerclées résistent jusqu'au 8 août, mais elles sont contraintes à la reddition. Les pertes sont terribles pour l'Armée rouge, avec environ 200 000 tués et 100 000 prisonniers.

La 10 juillet, le groupe d'armées centre a commencé une opération d'encerclement contre les troupes défendant Smolensk, jalon important sur la route de Moscou; le 11 juillet ; Smolensk tombe le 16, les troupes soviétiques étant coupées de leurs arrières. Mais cette fois, la réduction de la poche formée (323 000 soldats soviétiques) va se révéler problématique: les troupes russes continuent à résister malgré leur isolement. Suite à une forte contre-attaque, l'encerclement est même rompu temporairement. Les combats vont durer jusqu'au 10 septembre, l'Armée rouge ramenant constamment de nouvelles troupes fraîches. Certes, ses pertes sont aussi très importantes, mais la progression des Allemands est enrayée, et obligée de lutter pied à pied contre des troupes déterminées, l'armée allemande subit elle aussi une véritable hécatombe avec la perte de près de 250 000 hommes (tués et blessés). 310 000 soldats et officiers soviétiques sont faits prisonniers, beaucoup seront sommairement exécutés. La bataille du chaudron de Smolensk porte à la Wehrmacht un coup dur dans sa progression vers l'est. Le général Blumentritt relève que "le comportement des troupes russes dans la défaite contrastait terriblement avec celui des Polonais ou des Occidentaux. Mêmes encerclés, les Russes saccrochaient et combattaient".

La bataille de Kiev

L'encerclement de Kiev et l'opération Typhon

À la mi-septembre, l'Dniepr. Les armées allemandes ont regagné leur liberté de mouvement avec la fin de la liquidation de la poche de Smolensk. Les généraux réclament une attaque en direction de Moscou, désormais à 400 km du front. Il semble certain aux généraux allemands que, compte tenu de l'ampleur énorme de ses pertes, l'Hitler n'est pas de leur avis, il veut s'emparer de la région industrielle du Ukraine. Les arguments avancés par Hitler pour soutenir une avancée blindée vers le Sud sont que les lignes d'approvisionnement de l'armée centre seraient exposées sur un flanc de plus de 800 km si l'offensive continuait vers Moscou. En conséquence, il ordonne au 2e groupe blindé de er groupe blindé du feld-maréchal Dniepr. Le 25 août, la 3e division blindée s'empare du point stratégique qu'est le pont sur la Desna, près de Novgorod-Severski. Lorsque les officiers d'état-major soviétiques prennent conscience du danger mortel qui se rue sur les armées du Sud, il est trop tard. Les deux pointes blindées allemandes se rejoignent à Lokhvitsa. Un gigantesque encerclement est réalisé autour de la région de Kiev, "la mère des villes russes" dans la culture slave, tombe le 19 septembre et le reste de la poche suit dans le mois. Seuls 15 000 soldats et officiers parviennent à franchir le cordon allemand dont Nikita Khrouchtchev, le général Semyon Timochenko et le maréchal Boudienny. C'est le plus vaste encerclement militaire de l'Histoire. C'est aussi la plus grande défaite militaire ponctuelle de l'histoire soviétique. Au terme de la bataille de . Vassili Grossman. Pourtant, on commence à voir, çà et , des habitants réserver un accueil prévenant aux troupes allemandes.

La route du Rostov-sur-le-Don le 21 septembre, mais les divisions blindées et motorisées de la Wehrmacht sont très éprouvées par les deux féroces batailles de la fin de l'été, et ce n'est que le 30 septembre que la progression peut reprendre en direction de Moscou. La saison des boues, la rapoutitsa, rend les routes impraticables, et provoque alors un arrêt des opérations mobiles pendant près de quinze jours, obligeant à patienter jusqu'aux premières gelées pour reprendre le mouvement.

Au Nord, les troupes allemandes, arrivent devant les premières lignes de défense de Léningrad, au début du mois de septembre. La prise de la ville, dont la défense est organisée par Finlandais, mais la ville, malgré des pertes humaines colossales (700 000 civils périrent de faim et des bombardements), résistera en fait jusquà son dégagement en 1944, au cours du siège le plus long et le plus impitoyable de l'histoire moderne.

En quelques semaines à peine, les divisions allemandes ont progressé de 500 km vers le Nord, de 650 km vers lEst, de 350 km vers le Sud-Est. De juin à octobre 1941, lOstheer (la Wehrmacht sur le front russe) a fait au total plus de 3 millions de prisonniers. Les premiers massacres en masse de Juifs, Russes et Tsiganes débutent quelques semaines seulement après le début de linvasion.

L'échec de la [11], mais les guerre d'anéantissement.

La population devient de plus en plus hostile à un envahisseur qui apparaît comme un ennemi venu pour anéantir et non pour libérer. Si les premières villes capturées avaient semblé accueillir favorablement l'envahisseur (en Ukraine en particulier), du fait de la lassitude face à la férocité du régime stalinien et aux problèmes des nationalités, les très nombreux massacres de civils transforment rapidement cet a priori favorable. Les massacres de civils désarmés et l'intention déclarée de réduire les Slaves en esclavage retournent vite les populations. Le traitement inhumain réservé aux prisonniers de guerre a fini par filtrer. Les Allemands éprouvent des difficultés croissantes à capturer des prisonniers, les soldats russes préférant lutter jusquà la mort plutôt que de mourir sommairement exécutés. Les opposants au régime se persuadent qu'il s'agit d'une lutte à mort ils n'ont guère le choix du camp.

Les troupes allemandes traversent des régions affreusement pauvres et désertes, et l'étendue des espaces russes fait perdre tout son sens à la Wehrmacht, obligeant celle-ci à consacrer un partie importante de ses forces au maintien de ses routes de ravitaillement. Ce dernier rencontre de nombreux problèmes, comme la différence d'écartement des voies de chemin de fer russes avec celles d'Europe occidentale. Après des centaines de kilomètres parcourus dans les plaines russes, le matériel est usé et en mauvais état. Surtout, le manque d'hommes disponibles, compte tenu de ses pertes, commence à poser un problème à la Wehrmacht. Après plus dun mois de combats, elle a déjà perdu plus dhommes quau cours de toutes ses campagnes à lOuest, tout en étant très loin davoir atteint ses objectifs opérationnels. En septembre 1941, les divisions combattantes, alors au nombre de 142, déclarent avoir perdu près de 50 % de leurs forces initiales en hommes et en matériel et, en novembre, la plupart des formations dinfanterie ont perdu la moitié de leurs effectifs.

Début septembre, les Allemands, bloqués par les boues, tiennent plusieurs conseils de guerre pour prévoir la suite des opérations, dont la conférence d'Orcha, à laquelle participe Hitler. Il est désormais clair que malgré les pertes colossales infligées à l'Léningrad, il arrive tout juste à maintenir un encerclement partiel et précaire, qui laisse passer le ravitaillement pour la ville par le von Kleist a été contraint de passer à la défensive, voire de céder du terrain comme à Rostov-sur-le-Don, aux portes du Caucase, face aux contre-attaques de Semyon Timochenko: c'est le premier recul allemand depuis le déclenchement de l'invasion.

Devant l'échec inéluctable de Barbarossa, on prépare une opération de rechange pour essayer d'en finir avant l'hiver, l'opération Taïfun (typhon). Hitler adopte, malgré ses idées précédentes, l'idée qui veut que la prise de la capitale de l'adversaire doit briser sa volonté de résistance. Les objectifs initiaux de Barbarossa (la ligne Kouïbychev) sont abandonnés, ce qui rend désormais impossible la destruction de l'Staline a acquis la certitude, par les renseignements fournis par le réseau Orchestre rouge et Richard Sorge, mais surtout par des communications qui ont été interceptées, que la politique d'expansion Japon s'apprête à attaquer la flotte des États-Unis à Pearl Harbor. Les troupes fraîches et expérimentées qui gardent la frontière extrême-orientale en Sibérie vont pouvoir être rapatriées en Russie occidentale. De fin 1941 au début de 1942, près de 400.000 "Sibériens" sont ainsi transférés vers l'ouest à bord de trains spéciaux mettant de une à deux semaines pour arriver à destination (sur ce total 250.000 soldats furent assignés à la défense de Moscou).

L'opération Barbarossa se brise sur la résistance de la ville de Moscou, en plein hiver russe.
Photo : obstacles anti-tanks déployés sur la perspective Leninskiy, 1941

Fin octobre 1941, Adolf Hitler décide la 14 octobre 1941 d'un double enveloppement de Moscou, avec pour objectif la jonction à Noginsk. Le Reich regroupe tous ses moyens disponibles en vue de l'assaut. Moscou renforce ses défenses : un demi-million dhommes et de femmes creusent 8 000 km de tranchées, 100 km de fossés antichars.

De novembre à décembre, la Wehrmacht engage 1,8 million dhommes dans cette bataille (80 divisions mais à effectifs incomplets), soit plus de 50 % de toutes ses divisions, 30 % de son artillerie, sur un front de 600 km de large et de 250 km de profondeur. En deux semaines de combats, lViazma, dOrel, de Kalinine, au nord de Moscou, lance sa contre-attaque le 5 décembre dans une neige de plus d'un mètre d'épaisseur et par des froids de20°C à30°C. Loffensive hitlérienne est stoppée à 30 kilomètres de Moscou (non loin du faubourg de Khimki, à proximité de l'actuel Aéroport international Cheremetievo), grâce également à un terrible hiver pour lequel elle n'est pas équipée. Une contre-offensive menée fin décembre par des bataillons sibériens casse enfin le front allemand et rejette de 100 à 200 km en arrière le groupe darmées centre. Le 22 janvier, la bataille de Moscou est gagnée par Guderian est contraint à une retraite précipitée, abandonnant une grande partie de son matériel. Larmée allemande perd encore 615 000 hommes. Cest le retour de balancier. Jusqu'en janvier 1942, la Wehrmacht recule partout.

Une étude récente [12] réevalue la bataille de Moscou et fait de celle-ci "la bataille la plus importante de la

Collaboration avec l'occupant

Près de 2 millions de Soviétiques se rangèrent du côté des allemands (Baltes, Ukrainiens, Russes, quelques Polonais enrôlés de force[13] entre autres) durant l'occupation de leur territoire, soit moins de 3 % de la population de la zone occupée par le Reich dans la partie ouest de l'Union soviétique. En 1943, certaines divisions allemandes comptaient plus de 20 % d'auxiliaires russes (les Vlassov et le 15e SS Kosaken-Kavalerie-Korps constitué de Don. Beaucoup agissaient par nationalisme, les pays baltes et l'est de la Pologne, qui faisaient partie de l'Union soviétique en 1939.

Exemple parmi d'autres du soutien que reçurent les envahisseurs de la part de certaines populations locales à certains endroits : les milices pro-germaniques étaient assez efficaces pour rendre inutiles des représailles. Tel était le cas du district administratif autonome de Lokot, dans la région d'Orel-Briansk. Comptant 1 700 000 habitants, ce district fut défendu par une milice intégralement russe en 1941-1942. Ici, la base de la collaboration était de nature politique (anti-communisme) et la milice de Lokot créée par le général Rudolf Schmidt de la IIe Armée Panzer conjointement avec un ingénieur russe (remplacé plus tard par le fameux Ukraine en particulier, apportèrent aux autorités d'occupation un soutien non négligeable dans la politique d'extermination des populations juives.

Un élément capital des transactions fut que les SS avaient interdiction d'opérer dans toute cette région les Allemands acceptèrent de s'abstenir de toute action de représailles du fait des activités de la résistance qui se poursuivaient toujours. De tels arrangements, bien que généralement moins formels, étaient monnaie courante dans les régions occupées par les Allemands. Ils trouvaient des avocats fervents parmi les officiers de la Wehrmacht. Les SS s'y opposaient de façon tout aussi véhémente, car ils refusaient d'armer des « sous-hommes ». Par la suite, la situation ayant empiré pour le Reich nazi et le besoin d'effectifs devenant criant, les SS furent amenés à tempérer leur refus initial. Ils s'opposaient toujours à la création de milices, mais seulement parce qu'ils voulaient recruter tous les hommes disponibles pour leurs nombreuses unités « ethniques ».

Bilan de l'opération Barbarossa

L'épuisement et le 1e recul allemand à Rostov sur le Don

Les Allemands réussissent à stabiliser la ligne de front de la Baltique à lUkraine au prix de pertes énormes en hommes et en matériels (lessentiel des 3 500 chars engagés est resté sur le terrain - 50 % du matériel roulant est hors détat de marche). Les divisions aériennes ne disposent plus que de 25 à 50 % de leurs appareils de combat. La Luftwaffe se voit disputer la maîtrise du ciel avec la montée en ligne de nouveaux chasseurs russes (Mikoyan Mig 1, Sturmovik « tueur de chars »). L'infanterie d'invasion ne parvient pas à maintenir le contact avec ses fers de lance blindés sur de longues distances. Compte tenu de ses pertes et de létendue des espaces russes, larmée allemande doit donc renoncer à la juin 1941, à leffet de surprise, que le Reich doit davoir évité de graves difficultés dans ses combats contre l'Armée rouge lors de l'invasion de juin 1941.

Pour l'Allemagne, si déjà les pertes avaient été lourdes pendant la Russie que la Seconde Guerre Mondiale commence vraiment avec une campagne qui du 22 juin 1941 au 22 janvier 1942 voit tomber en moyenne 3200 soldats allemands par jour. Alors que pendant les deux premières années de la guerre (1939 et 1940), 1 253 officiers seulement étaient morts au combat, entre juin 1941 et mars 1942, 15 000 officiers furent tués, ce qui indique un changement radical dans lévolution des pertes[14]. Au cours des six premiers mois de linvasion, les pertes de lOstheer (la Wehrmacht sur le front russe) sélevèrent à 750 000 hommes, qui furent portées à un million à la fin de mars 1942 dont plus dun tiers de tués ou de disparus. Au total, lors de la première année de la campagne de Russie, le Reich perd 1,3 million dhommes, sans compter les malades, soit 40 % des 3,2 millions dhommes de lOstheer. Le manque général dhommes dans le Reich ne permet pas dassurer les remplacements à une pareille échelle.

À la fin de 1941, la Wehrmacht sest enfoncée de 800 km en Union soviétique et a conquis plus dun million cinq cent mille kilomètre-carrés de territoire soviétique, comptant 65 millions dhabitants (17 millions de personnes sont parvenues à fuir). En 1942, la longueur du front russe, de la Caucase, passe à 6 200 km. LAllemagne occupe alors lUkraine, la Armée rouge sont colossales : 1,5 million de tués, 4 millions de prisonniers dont 2 millions au moins seront anéantis. Fin 1941, les Allemands estiment avoir détruit plus de 20 000 blindés et 35000 canons soviétiques.

Cest pourtant à ce moment que la société soviétique se lance dans une mobilisation de ses forces et de ses ressources, totale et éperdue, dans le cadre d'une économie de guerre d'une extrême rigueur. Le 3 septembre 1941, le pouvoir soviétique décrète la mobilisation de tous les hommes de plus de 18 ans. Dès lautomne 1941, plus de 2 000 groupes de partisans se constituent en territoire occupé. "Tout pour le front ! Tout pour la victoire !", "Encore plus darmes pour le front" deviennent les slogans dans les usines. Les bureaux de recrutement de lArmée rouge sont submergés par les volontaires désireux de se battre pour "la défense du sol natal". De nombreuses jeunes filles sengagent dans lArmée rouge (de 1941 à 1945 plus de 800 000 femmes ont combattu comme volontaires sur le front). La journée de travail monte à 12 heures par jour, voire davantage. Les décès par épuisement au travail ne sont pas rares dans les usines. La législation, déjà très dure, du 26 juin 1940 est encore aggravée par la loi du 26 décembre 1941, qui assimile tout changement de travail non autorisé, tout départ ou toute absence injustifiée à une désertion, passible des tribunaux militaires et sanctionnée dune peine de 5 à 10 ans de camp (plus de 900 000 personnes furent condamnées en vertu de la loi du 26 décembre 1941). Un décret de février 1942 instaure la mobilisation totale des femmes âgées de 15 à 45 ans, femmes dont la part dans la main-dœuvre industrielle passa de 37 à 60% entre 1941 et 1945.

Entre juillet 1941 et janvier 1942, en Russie dEurope, 17 millions de personnes participent dans des conditions exténuantes au démontage et au transfert de plus de 1 500 grandes entreprises industrielles dans lOural, la Volga, lAsie centrale (Sibérie; transfert nécessitant la construction en quelques mois de plus de 10 000 km de voies ferrées. Plus de 2 600 usines auront été évacuées et reconverties dans lindustrie de guerre. Leur remise en route, en plein hiver, nexigera pas un effort moins gigantesque. Au terme dopérations titanesques dune grande complexité logistique, plus de 10 millions douvriers prennent le chemin de lOural et, dés le début de 1942, après cet effort pharaonique dont il nexiste aucun équivalent dans lhistoire industrielle de lEurope, la production de guerre est remontée à 48 % de son niveau de 1940. Alors quen 1940, 358 chars de dernier modèle avaient été construits, au cours des six premiers mois de 1941 seulement leur nombre séleva à 1 503 et dans les six derniers mois de cette année-, malgré loccupation par les Allemands du cœur industriel de la Russie, 4 740 chars dernier modèle supplémentaires furent produits. Dés la fin de 1942, la Russie dépasse lAllemagne dans sa production darmements alors que la Wehrmacht occupe plus de 50 % de la Russie dEurope. La production de blindés et davions est alors le double (50 000) de la production allemande, en 1944 celle de canons usinés est trois fois supérieure (122 000).

L'opération Barbarossa se solde, fin 1941/début 1942, par une défaite stratégique considérable pour l'Allemagne puisqu'il apparaît, dès ce moment, que le Troisième Reich n'avait peut-être pas les moyens de vaincre l'Union soviétique en juin 1941. En mai 1945, les fantassins soviétiques planteront leur drapeau au sommet du Reichstag, au terme d'une Staline, pouvait écrire en 1996 "Il serait difficile de trouver pire début à une guerre que ce mois de juin 1941. Toutes les autorités politiques et militaires majeures ont pensé que l'URSS ne pourrait pas survivre plus de trois mois. Mais le peuple soviétique leur a finalement donné tort. Pourtant, le mérite de cette incroyable capacité de résistance allait être attribué à la "sage direction" de Staline, la personne même la plus directement responsable de la catastrophe".[15]. Et Stepan Mikoyan de préciser: "Nous avons gagné la guerre en dépit de la dictature de Staline".[16].

Voir aussi

Bibliographie

Ouvrages

Articles

  • Yves Buffetaut, « Opération Barbarossa », Magazine Armes Militaria, HS no.5, 1992
  • José Fernandez et al., « Opération Barbarossa (1): 22 juin 1941: l'URSS pour cible », revue Batailles Aériennes, no.12, 2000
  • José Fernandez et al., « Opération Barbarossa (2): Juin-septembre 1941: la Wehrmacht envahit l'URSS », revue Batailles Aériennes, no.13, 2000

Liens internes

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  • Seconde Guerre mondiale :

    Liens externes

    Notes et références

    1. Omer Bartov, LArmée dHitler, Hachette Littératures, 1999.
    2. Omer Bartov. LArmée dHitler. Hachette Littératures. 1999.
    3. Omer Bartov. LArmée dHitler. Hachette Littératures. 1999.
    4. H.R. Trevor-Roper. Hitler's War Directives. 1939-1945. p150.
    5. H.R. Trevor-Roper. Hitler's War Directives. 1939-1945. p. 150.
    6. Vassili Grossman, Carnets de guerre. Calmann-Lévy. 2007.
    7. Jerrold L. Schecter et Vyacheslav V. Luchkov, Khrushchev Remembers: The Glasnost Tapes
    8. Stepan Mikoyan, Memoirs of Military Test-Flying and Life with the Kremlin's Elite
    9. Jacques Sapir. La défaite française de 1940 vue par les Soviétiques. 2002
    10. Dmitri Volkogonov. Stalin: Triumph and Tragedy. Prima Pub. juin 1996.
    11. Voir URSS de Staline
    12. Andrew Nagorski. La bataille de Moscou
    13. Soldats malgré eux - ARTE
    14. Omer Bartov. LArmée dHitler. Hachette Littératures. 1999.
    15. Dmitri Volkogonov. Stalin: Triumph and Tragedy
    16. Stepan Mikoyan, Memoirs of Military Test-Flying and Life with the Kremlin's Elite